Le diabète de type 2 avance souvent sans signe pendant des années alors que la modification du mode de vie en constitue le premier traitement. Vous trouverez ici des repères concrets pour comprendre la glycémie, les risques, le dépistage et les soins décrits par l’Inserm.
Une maladie très présente après 40 ans

En 2023, 5,6 % de la population française a reçu une prescription de médicament pour un diabète, tous types confondus, soit plus de 3,8 millions de personnes. Dans plus de 9 cas sur 10, il s’agit d’un diabète de type 2. La maladie se manifeste en général après 40 ans et le diagnostic intervient en moyenne vers 65 ans. Le pic se situe entre 70 et 85 ans chez les hommes, avec un homme sur 5 concerné, et entre 75 et 85 ans chez les femmes, avec une femme sur 7 concernée. Les départements et régions d’outre-mer sont davantage touchés, avec une fréquence doublée par rapport à la métropole, estimée à 13,6 % parmi les adultes à La Réunion, 12 % en Guadeloupe, 11,6 % en Guyane, 11,5 % en Martinique et 12,1 % à Mayotte. Vous lisez aussi que des adolescents et même des enfants sont touchés, à l’âge où se prennent les habitudes alimentaires et d’activité physique. Pour situer ce suivi dans la durée, vous pouvez consulter les repères proposés pour vivre avec une maladie chronique et préparer vos échanges avec votre médecin.
Pourquoi la glycémie reste-t-elle trop haute ?
Chez vous, le glucose circule dans le sang et entre dans les cellules grâce à l’insuline fabriquée par le pancréas. En cas de diabète de type 2, les cellules du foie, du muscle et du tissu adipeux répondent moins bien à cette hormone. Le pancréas produit alors davantage d’insuline pour compenser, puis s’épuise et la production devient insuffisante. Le glucose s’accumule dans le sang et l’hyperglycémie dure. La glycémie normale se situe autour de 1 g/L. Elle varie dans la journée selon vos repas et votre activité. À jeun, elle se maintient autour de 0,7 g/L et elle monte jusqu’à environ 1,4 g/L après un repas, quelle que soit sa teneur en glucides, puis elle revient vers 1 g/L dans les deux heures. En cas de diabète, ces seuils sont dépassés et le retour à la normale prend plus de temps.
Des années sans signe, puis des atteintes graves
Vous pouvez vivre longtemps sans symptôme car l’excès de sucre ne fait pas mal au début. La maladie est souvent découverte lors d’une prise de sang de routine ou après une complication. Avec les années, le sucre en excès agresse les vaisseaux de tout calibre et les organes qu’ils irriguent, par des composés oxydants, des processus inflammatoires et des voies métaboliques détournées. Sur les grosses artères, l’athérosclérose s’accélère et expose à l’infarctus du myocarde, à l’accident vasculaire cérébral et à l’artérite des membres inférieurs. Sur les petits vaisseaux, vous retrouvez la rétinopathie qui menace la vue jusqu’à la cécité, la neuropathie en dehors du système nerveux central, la néphropathie qui conduit à l’insuffisance rénale et la maladie du foie gras liée aux troubles métaboliques. Le diabète peut aussi participer à une neurodégénérescence et aggraver les plaies qui cicatrisent mal. Chaque année, sur 10 000 personnes diabétiques hospitalisées pour infarctus, 1 000 décèdent. Chaque année, 3 000 personnes diabétiques débutent une dialyse ou reçoivent une greffe de rein.
Le mode de vie pèse plus que l’hérédité
Il n’existe pas de gène qui provoque à lui seul le diabète de type 2. Des centaines voire des milliers de variants génétiques peuvent modifier la régulation de l’énergie et rendre plus sensible à la maladie quand d’autres conditions se réunissent. Des marques épigénétiques réversibles, induites par l’environnement intérieur ou extérieur, peuvent aussi réduire la production d’insuline ou entretenir l’inflammation des tissus. Le facteur principal reste pourtant votre mode de vie. Une alimentation trop grasse et trop sucrée, sans activité physique régulière, conduit au surpoids puis à l’obésité, qui expose fortement au diabète. Vous voyez ce mécanisme chez les enfants qui consomment beaucoup de sodas et de produits sucrés et qui réduisent le mouvement au profit des loisirs sur écran. Pour replacer ces constats dans leur contexte scientifique, vous pouvez lire le dossier consacré au diabète qui décrit les processus en détail. Une alimentation riche en graisses appauvrit aussi la flore intestinale, avec moins de diversité, plus de bactéries productrices de molécules pro inflammatoires appelées LPS et moins de bactéries protectrices anti inflammatoires.
Qui devrait faire contrôler sa glycémie, et quand dans la grossesse ?
La grossesse expose à un diabète dit gestationnel, en général vers la fin du deuxième trimestre, qui disparaît le plus souvent après l’accouchement. Le risque augmente à partir de 35 ans, en cas de surpoids ou d’obésité en début de grossesse, après un diabète gestationnel antérieur, après la naissance d’un enfant de plus de 4 kg ou en cas de diabète de type 2 chez un parent au premier degré. En France, le dépistage est proposé aux femmes qui présentent au moins un de ces facteurs, par une glycémie à jeun au premier trimestre puis, si elle est normale, par une charge en glucose entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée. Le diabète gestationnel correspond à une glycémie à jeun d’au moins 0,92 g/L, ou d’au moins 1,80 g/L une heure après la charge, ou d’au moins 1,53 g/L deux heures après. Hors grossesse, la mesure de la glycémie veineuse à jeun en laboratoire reste la seule méthode pour détecter tôt la maladie. Elle est proposée de façon systématique après 45 ans quand vous présentez au moins un facteur de risque : surpoids avec un indice d’au moins 25, vie sédentaire, origine non caucasienne, diabète gestationnel ou enfant de plus de 4 kg, parent au premier degré atteint, prédiabète, hypertension traitée ou non, dyslipidémie traitée ou non, ou précarité. Entre 1,10 et 1,25 g/L à jeun, les médecins parlent de prédiabète. À partir de 1,26 g/L sur deux dosages successifs, le diabète est défini.
Changer ses habitudes, puis ajouter un médicament si besoin
La prise en charge repose d’abord sur vos habitudes de vie, dès le diagnostic et même en cas de prédiabète, puis tout au long du suivi. Elle associe la perte de poids quand elle est nécessaire, une activité physique régulière et une alimentation équilibrée. Ces mesures peuvent suffire à contrôler la glycémie, même si elles restent difficiles à tenir dans le temps. Quand elles ne suffisent pas, un médicament est proposé. En première intention et sans contre-indication, la metformine est prescrite. Si les objectifs ne sont pas atteints, une bithérapie personnalisée associe la metformine à une autre famille : agonistes du récepteur du GLP1 comme le liraglutide, le dulaglutide et le sémaglutide, inhibiteurs de SGLT2 qui agissent sur le rein, inhibiteurs de DPP4, sulfamides et glinides qui stimulent le pancréas, ou inhibiteurs des alpha glucosidases qui retardent l’absorption des glucides après les repas. Les doubles agonistes du GLP1 et du GIP comme le tirzépatide améliorent le contrôle et favorisent la perte de poids mais ne sont pas remboursés à ce jour. Pour revoir ces réflexes au jour le jour, vous pouvez relire les repères de prévention au quotidien avant votre prochaine consultation. En cas de maladie cardiovasculaire avérée ou de maladie rénale chronique, la Haute autorité de Santé recommande un agoniste du GLP1 ou un inhibiteur de SGLT2 quel que soit le contrôle glycémique, pour leur bénéfice cardiovasculaire, rénal et hépatique.
Que cherche encore la recherche ?
À Lille, l’unité Inserm 1283 cherche de nouveaux gènes de susceptibilité au diabète de type 2 et à l’obésité pour mieux repérer les formes monogéniques. Pour les formes polygéniques complexes, ses scientifiques utilisent la génomique, la métabolomique, la transcriptomique et la protéomique, avec la bioinformatique et les statistiques, afin de comprendre la régulation des gènes selon les tissus et de tendre vers une médecine de précision. À Toulouse, à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires, unité Inserm 1297, les équipes étudient l’obésité, le diabète, les dyslipidémies et leurs complications vasculaires, cardiaques et rénales. L’équipe de Rémy Burcelin y analyse le microbiote intestinal, ses métabolites d’origine bactérienne, l’immunité intestinale et le système nerveux entérique, avec l’aide de l’intelligence artificielle avant des essais en laboratoire. Une autre équipe à Lille, unité Inserm 1190, explore la chirurgie bariatrique et ses effets sur la réabsorption intestinale du glucose et sur l’insuline, le glucagon et la somatostatine. Des bianalogues et un tri analogue comme le rétatrutide sont testés dans des essais, avec environ moins 24 % de poids à 48 semaines pour ce dernier, soit autant qu’avec la chirurgie.
L’Inserm est l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Son dossier sur le diabète de type 2 a été réalisé avec Rémy Burcelin et Blandine Tramunt, du service de diabétologie du CHU de Toulouse et de l’I2MC. Vous y trouvez un exposé de 17 minutes sur les mécanismes, le dépistage, les traitements et les travaux en cours, avec une actualité du 15 décembre 2025 sur la metformine et le microbiote. Vous pouvez noter vos deux dernières glycémies à jeun, votre poids et vos questions sur l’activité physique, puis en parler à votre médecin lors du prochain contrôle.
Lire aussi
Acteurs et ressources insulaires
Acteurs de santé en Corse : qui fait quoi sur le terrain
Acteurs et ressources insulaires
Annuaire santé en Corse : trouver un acteur près de soi
Acteurs et ressources insulaires
Partenaires santé en Corse : agir ensemble pour prévenir
← Retour : Acteurs de santé en Corse : qui fait quoi sur le terrain


